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Voilà des articles du Blog d’actualité de la famille Calvarienne (laïcs et soeurs). Contenus, perspectives et organisation.

De la peur à la confiance…

De : Sr Anh Nguyet, Province de France

J’ai frappé à la porte et j’ai entendu une voix qui disait « Oui, entrez ».

Doucement, j’ai ouvert la porte ; je me suis approché de la personne qui était dans son fauteuil et regardait la nature par sa fenêtre. Elle m’a jeté un regard méfiant, interrogateur sans sourire, cela m’a un peu inquiétée et mis mal à l’aise. Je lui ai dit un timide bonjour en essayant de sourire légèrement car son attitude était toujours réservée et peu accueillante.

– Sèchement, elle m’a répondu : « qui êtes-vous ».
J’étais un peu perdue, ne sachant que dire, alors je me suis approchée et j’ai dit « excusez-moi madame, je suis vietnamienne, je ne parle pas bien le français, mais je vais mieux me présenter : je fais partie de l’équipe de l’aumônerie de l’hôpital qui visite régulièrement les patients. Je suis catholique?»
– Elle a répondu : « Ben, moi, non ! je suis musulmane » sur un ton un peu agressif. Spontanément, je lui ai dit avec un sourire : « je suis désolée de vous déranger, je croyais que vous étiez catholique, donc je me suis permis de venir vous rendre visite… ça ne nous empêche pas de faire connaissance ? ». A partir de ce moment-là, son visage s’est détendu, presque souriant, ça m’a redonné
confiance ! Elle m’a souri et m’a demandé ce que je faisais ici. Alors je lui ai présenté la mission de l’aumônerie catholique : visiter des personnes malades qui veulent nous rencontrer pour parler, partager, prier…. Elle a ajouté : « alors je suis contente de votre visite mais je parle mal français, je suis algérienne », et son visage est devenu triste et elle a gardé le silence. Je l’ai rassurée en lui disant : je trouve que vous parlez assez bien le français … en tout cas, mieux que moi ! …peut être vous pourriez m’apprendre à parler français ? » et toutes les deux nous avons éclaté de rire…ouf la glace était rompue. Et après quelques minutes on a pu parler simplement en confiance.

Du coup, je lui ai posé plein de questions : si elle a de la famille ici, à Toulouse, ce qu’il s’est passé pour elle ? si elle mange bien ? …si elle se sent bien ici… Elle m’a répondu très gentiment avec tristesse « Je suis célibataire et je n’ai pas de famille ». Je la
regardais et je l’écoutais plus attentivement en gardant le silence. Elle a repris la conversation en me regardant : « Je m’ennuie ici, car je suis à l’hôpital depuis plus de quinze jours, j’ai eu un accident de voiture et ma jambe est toute cassée, on m’a mis des vis partout ! ». Elle était triste et s’est tue. Je la sentais plus détendue avec l’envie de se confier. Elle m’a souri et a repris la conversation. Elle était très négative envers elle-même, envers les autres et aussi envers le personnel soignant, comme si elle avait besoin de vider son sac. Je n’ai fait qu’accueillir et écouter sa souffrance. Elle m’a redit qu’elle était musulmane : « je suis très croyante, je crois en Allah et croit aussi en Dieu. Pour moi, c’est important que toutes les religions nous conduisent vers un chemin parfait. ». J’étais touchée par sa confiance et sa simplicité à me parler profondément d’elle-même et de sa foi musulmane.

Avant de partir elle m’a dit qu’elle était contente de ma visite et qu’elle espérait me revoir, car me dit- elle encore : revenez, cela me guérit !???j’étais surprise par cette réflexion que je n’ai pas comprise.

Après un peu de silence je lui ai dit que nous étions 8 à visiter les malades et que l’un d’entre nous repasserait. Alors elle m’a répondu « merci, mais je préfèrerais vous revoir vous maintenant que je vous connais ! ». Avec un grand sourire réciproque nous nous sommes quittées en nous serrant la main.

Ce jour-là, j’ai compris l’importance du silence et de la patience, en même temps de garder une attitude discrète et accueillante, car au début, croyant la déranger, j’étais prête à repartir assez vite !

Sr Anh Nguyet